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Le Comité d’union syndicaliste, une tendance réformiste de la CGT (1909-1910)

Publié par ehmo sur 7 Juin 2015, 15:45pm

Le Comité d’union syndicaliste, une tendance réformiste de la CGT (1909-1910)

Depuis la naissance de la CGT en 1895, il existait des syndicats et des syndicalistes qualifiés de « réformistes » qui cherchaient à se démarquer des syndicalistes-révolutionnaires et des anarchistes lesquels dominaient la confédération. En février 1909, Victor Griffuelhes après huit ans passés au poste de secrétaire général de la CGT devait quitter ses fonctions. Louis Niel, connu pour ses opinions modérées, le remplaça alors le 24 février 1909, par 28 voix contre 27, face au syndicaliste révolutionnaire Nicolet. Mais la position de Niel ne dura pas et il dut abandonner le poste le 26 mai. Pendant deux mois la CGT n’eut alors aucun successeur. Il faudra attendre le 12 juillet suivant pour voir arriver Léon Jouhaux à la tête de la CGT.

Une crise traversait la confédération après les échecs de plusieurs grèves, mais elle s’interrogeait aussi sur sa tactique et sa stratégie. La crainte d’une scission se propageait également en son sein. Mais personne n’était assez déraisonnable pour s’engager dans cette voie.

Naissance du Comité d’union syndicaliste

La police indiquait que le comité était né en février 1909, ce qui correspondait donc à l’entrée au secrétariat général de Louis Niel. Sans doute, ce comité, primitivement, devait-il assurer le maintien à ce poste et consolider les bases internes. Pour ce faire, le comité lança en juillet 1909 avec un appel largement reproduit dans la presse (voir annexe) afin de regrouper les éléments modérés du syndicalisme.

Cet appel était une invitation à s’organiser méthodiquement dans la CGT pour faire triompher le point de vue : adhésion avec timbre mensuel, avoir au moins 5 ans d’ancienneté à la CGT, assemblée générale la veille de chaque congrès de la CGT. La tendance en voie de formation avait une la commission exécutive constituée d’un bureau du comité et commission du journal. C’était donc une véritable organisation particulière dans la CGT qui s’installait sans que les dirigeants confédéraux y voient à redire.

L’indépendance politique que les anarchistes affichaient était contredite par l’orientation que ceux-ci impulsaient dans la confédération. Le Comité d’union syndicaliste voulait, en outre, mettre « le Syndicalisme dans ses limites naturelles, économiques et professionnelles ». L’appel fondateur était à tonalité possibiliste en distinguant ce qui est réaliste d’obtenir de ce qui ne l’était pas. Si ce texte précisait bien qu’il était anti-anarchiste, il ne délimitait pas nettement l’option politique choisie, ce qui correspondait à sa volonté neutraliste. De façon oblique, l’appel demandait une modification des statuts sans préciser dans quel sens. Les initiateurs n’étaient pas tous d’accord sur le mode de représentations dans les instances de la CGT : soit la reconnaissance du droit de tendance par la représentation proportionnelle dans les instances, soit la représentation des instances par le poids respectif de chaque organisation syndicale. En effet, le système de représentation se faisait alors sur la base d’une voix par syndicat et non d’une voix par adhérent.

Les initiateurs

En bas de l’appel à créer la tendance syndicale figuraient les noms suivants : Séraphin Cordier (des Mineurs), Auguste Cleuet (des Employés), Cohen (des Artistes et Musiciens), Pierre Coupat (des Ouvriers Mécaniciens), Léon Gervaise (secrétaire général de l’Union fédérative des travailleurs de l’État), d’Eugène Guérard (secrétaire du syndicat national des travailleurs des chemins de fer), Auguste Keufer (secrétaire général de la fédération du Livre), Louis Niel (ex-secrétaire général de la CGT, fédération du Livre), Victor Renard (secrétaire de la Fédération du Textile), Gaston Thil (secrétaire général de la fédération lithographique).

Très vraisemblablement, ils étaient tous membres de la SFIO[1]. Parmi eux, Pierre Coupat, ancien broussiste (premier courant politique réformiste en France à la fin du XIXè siècle), était très proche de Millerand, ministre des Travaux publics et des Postes et Télégraphes depuis le 24 juillet 1909. Eugène Guérard était, lui un ancien allemaniste à l’idéologie anarchisante mais peu consistante. Victor Renard était un cas particulier, guesdiste qui collaborait au journal le Socialisme, de Jules Guesde, en même temps qu’à l’Action ouvrière. Lorsqu’il contracta l’accord avec les réformistes pour constituer cette tendance, il se considérait toujours révolutionnaire.

Le soutien guesdiste

Au départ, les guesdistes apportaient donc leur soutien à la création de l’Action Ouvrière : « Ce qui nous réjouit dans l’apparition de l’Action Ouvrière… c’est parce que, pensons nous, elle sera le bien impersonnel de tous les militants des Syndicats français décidés à s’affranchir de l’intolérable tutelle anarchiste… il faut que les militants qui représentent dès maintenant la majorité des syndiqués français s’unissent et s’organisent pour organiser cette majorité »[2] La haine que les guesdistes vouaient aux anarchistes les conduisaient à venir prêter main forte aux réformistes de la CGT. D’autres points communs les unissaient aux réformistes : survalorisation des organisations (fortes cotisations, adhésions de masse, méfiance des actions spontanées, surtout les grèves et la grève générale. Nous ne savons pas s’il y a eu un accord formel entre les guesdistes et ce courant réformiste dans la CGT pour fonder le Comité d’union syndicaliste. Toujours est-il que l’Action ouvrière est citée régulièrement dans les revues de presse du Socialisme. Dans l’Action Ouvrière, une annonce est publiée dans le numéro du 15 novembre 1909 pour inciter les lecteurs à acheter la brochure La houille blanche et le socialisme, du député guesdiste Vincent Carlier, et diffusée par sa tendance[3]. Mais les guesdistes ne soutinrent pas longtemps le comité d’union syndicaliste lorsque le projet de loi sur les retraites survint au Parlement. Guesde menait alors une virulente campagne contre ce projet soutenu par l’Action Ouvrière.

Le débat sur la réforme des retraites amenait un collaborateur de l’Action ouvrière, Etienne Buisson, à proposer aux ouvriers de réduire leur consommation d’alcool de 9 francs par an pour financer la cotisation à la caisse de retraite[4]. Cette proposition lui valut une sévère réplique de Paul-Marius André dans l’organe guesdiste, le Socialisme. Au fil des mois les propos sont de plus en plus acerbes à l’égard des guesdistes. Le 1er juillet 1910, Rossel Montélimard publiait un article sur la préparation du congrès de la CGT qui allait se tenir à Toulouse. Il raillait les guesdistes qui allaient lier leurs votes à ceux des anarchistes sur la question de la réforme des retraites.

L’Action Ouvrière

Dans cette période où l’expression d’une sensibilité passe obligatoirement par l’écrit, la naissance d’un organe, L’Action Ouvrière, était incontournable. L’initiative venait d’Eugène Guérard, secrétaire de la fédération des cheminots, préparée depuis mai 1909. Cet organe bi-mensuel sortit donc le 1er octobre, après que des fonds suffisants aient été récoltés. Ils seraient d’origine syndicale, venant des fédérations des mineurs, des employés, du Livre, du textile et des chemins de fer. Guérard aurait ainsi collecté 50 000 francs pour son lancement. Mais les syndicalistes révolutionnaires soupçonnaient, sans preuve, une aide gouvernementale. L’Action ouvrière s’arrêtera cependant un an après, le 1er octobre 1910. Quatre mois après son lancement, le cap des 1000 abonnés était atteint mais ne permettait pas de passer à un rythme hebdomadaire qui aurait nécessité, selon les calculs des initiateurs, le double d’abonnés.

Si l’appel de juillet 1909 était plutôt rassembleur, le journal se posait avant comme anti-anarchiste et anti-hervéiste, essentiellement antirévolutionnaire ce qui n’était pas forcément l’objectif de l’appel initial. Le journal contenait quelques fois des articles ne niant pas la nécessité de la révolution mais c’était bien l’esprit réformiste qui parcourait le plus souvent les articles.

L’Action ouvrière et le Comité d’union syndicalistes étaient une expérience de théorisation et de mise en pratique d’un réformisme syndical. Ils puisaient pour cela dans les pratiques de certaines fédérations, notamment le Livre, et le mouvement syndical étranger. Les collaborateurs tentèrent ainsi de développer une orientation nouvelle pour le mouvement syndical français, allant jusqu’à des propositions curieuses. La question de l’utilité du 1er Mai était posée dans sa capacité de rassemblement, déniée par Emile Guernier, secrétaire général de la Bourse du Travail de Reims. Ce sujet vaut la publication de plusieurs articles contradictoires, sans que l’on sache en définitive ce que veut l’Action Ouvrière.

L’Action Ouvrière mena aussi le débat sur l’arbitrage obligatoire entre patrons et salariés, mettant les deux parties d’accords sur un aspect de la relation au travail, débouchant sur des contrats collectifs et évitant ainsi l’usage de la grève. En cas de non respect du cadre collectif, un travailleur passerait ensuite au droit individuel traité dans les tribunaux prud’homaux. Maurice Claverie, secrétaire général l’Union syndicale des employés du gaz, écrivait sans détour : « La grève, tout en restant un droit inscrit dans la loi, serait ainsi sans but et sans objet. Ce droit serait caduc faute d’usage ». La régulation des rapports sociaux se fonderait sur l’abandon de la conflictualité au profit de la paix sociale. Cela relançait la question de la grève comme mode normal d’action. Maurice Claverie en concluait de son côté : « je suis contre la grève, moyen archaïque, inefficace, dangereux ; je suis en principe pour l’arbitrage obligatoire sans pourtant en demander l’application immédiate parce qu’il ne répond pas à la mentalité présente du monde économique »[5]. Les critiques formulées à l’encontre de la grève rejoignaient celles des guesdistes qui estimaient que tout doit partir des organisations et se montraient méfiants à l’égard des mouvements spontanés[6]. Victor Renard, guesdiste et dirigeant de la fédération du Texitile, pensait que faire grève constituait un « double danger » pours ceux qui la faisaient sans méthode et pour les organisations entraînées dans la défaite.

Divisions dans les rangs

L’Action Ouvrière est incapable de définir une ligne syndicale homogène et des collaborateurs du journal contestent la vision idéalisée de Claverie. Sous le titre « Arbitrage impossible », Christian Mutschler, pourtant classé parmi les réformistes et collaborateur à la Revue syndicaliste d’Albert Thomas, s’appuyait sur l’exemple de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie dont certains accords collectifs avaient entraîné des grèves par des ouvriers qui en contestaient le contenu. Les gouvernements voulant faire respecter les accords avaient alors sanctionné les ouvriers sous forme d’amende ou de peines de prison.

Louis Niel repoussait les références idéologiques qui ancraient la CGT dans une histoire ouvrière. S’appuyant sur le fait que les syndiqués pouvaient avoir des sensibilités politiques particulières, il contestait la parade au Père-Lachaise en mémoire aux victimes de la Commune : « d’autres voudront qu’elle (la CGT) aille à Notre-Dame pour honorer Jeanne d’Arc ou à la revue du Quatorze Juillet pour honorer la Révolution de 1789 ou sur la tombe de Ravachol pour honorer l’anarchie… » Son neutralisme le conduisait sur la pente de la négation des luttes ouvrières d’ampleur, des moments qui instituent les ouvriers en classe pour soi et qui constituaient une référence forte. Des articles lui répondirent par la volonté de maintenir les rituels ouvriers dont a besoin une classe pour se définir et affirmer son être.

D’un point de vue plus général, l’Action Ouvrière valorisait l’expérience étrangère, en particulier danoise et suédoise. En août 1910, un article sévère à l’encontre du neutralisme par Rossel Montélimard[7] met les pieds dans le plat : « les réformistes ont tort, selon moi, de vouloir s’en tenir à la neutralité ; nous en serons toujours les dupes » Il demande l’introduction d’une forme de travaillisme à la française et voulait confier le soin de défendre les revendications à des députés désignés par les organisations syndicales : « nous chargerions à l’avenir des représentants désignés par nos syndicats, d’aller défendre toutes nos revendications d’intérêt général au Parlement… ce ne serait plus la conquête des pouvoirs publics par le socialisme mais par le syndicalisme. Parti du Travail. » Et conclut par une interpellation « Qu’en dis tu, l’ami Niel, toi le champion de la neutralité. » Le ton est incisif.

L’échec du Comité d’union syndicaliste

En février 1910, seules 90 personnes avaient rejoint le Comité d’union syndicaliste. C’est dire combien cette initiative de regroupement des forces réformistes dans la CGT fut un échec alors que des dirigeants de premier plan de fédérations ou de syndicats de masses y étaient impliqués. Ni le Comité d’union syndicaliste ni l’Action Ouvrière n’eurent un effet rassembleur. Quelles raisons peut-on invoquer ? Sans doute, les ambigüités initiales ont soulevés assez rapidement des oppositions dans le Comité d’union syndicaliste. Les guesdistes se retiraient d’un soutien impossible, les réformistes n’avaient pas les mêmes objectifs : créer un Parti travailliste ou conserver une neutralité, lutter contre la grève ou la défendre. A vrai dire, ils s’en contentaient faute de mieux qu’aurait été un cadre de paix sociales par l’arbitrage obligatoire. Même dans ce projet, tous n’étaient pas d’accord de survaloriser cette pratique.

Enfin, les rapports de forces internes à la CGT avaient constitué le facteur le moins stimulant pour les animateurs du Comité d’union syndicaliste. Le compte rendu sténographique du congrès de la CGT de Toulouse qui se tint en octobre 1910 ne laissait pas paraître une présence du comité en tant que tel. Liochon, au nom de la fédération du Livre dressait un réquisitoire contre le rapport d’activité de la direction nationale de la CGT et vota contre. Mais Cordier, du syndicat des Travailleurs du sous-sol votera pour alors qu’il était un des dix initiateurs du comité d’union syndicaliste[8]. Thil se fit étriller à plusieurs reprises pour avoir écrit des articles dans le Matin contre la politique de la CGT. Dans un long discours, Niel reprit les arguments qu’il professait dans les colonnes de l’Action Ouvrière. Sur 1390 mandats, 1087 votèrent pour le rapport d’activité confédéral, 97 contre et 118 abstentions. 88 organisations ne prirent pas part au vote. L’opposition représentait 7,45% des mandats. Sur les votes relatifs aux retraites ouvrières, sur 1325 votants, la motion Jouhaux contre la réforme des retraites obtint 1049 voix, celle de Niel en faveur de la loi 251 voix avec 19 abstentions et 6 nuls. La motion Niel rassembla 18,95% des congressistes ce qui prouve que s’ils étaient loin de contester la direction nationale, ils pouvaient capter des suffrages significatifs sur des points précis.

On ne sait pas exactement quand le comité d’union syndicaliste se disloqua. On peut supposer que l’extinction de l’Action ouvrière en octobre 1910 entraîna l’arrêt du Comité lui-même. Rossel Montélimard, gérant de l’Action ouvrière, et auteurs de plusieurs articles, glissa, à titre individuel, vers Terre Libre en janvier 1911 et soutint en avril Janvion lorsque celui-ci organisa une conférence formellement anti-franc-maçonne et foncièrement antisémite. L’Action ouvrière fut d’ailleurs un des rares journaux à annoncer la naissance de Terre Libre en 1909. L’Action ouvrière, ouvrit ses colonnes le 15 mars 1910 à Georges Darien, initiateur avec Emile Janvion de Terre Libre. Si ce n’est par des compromissions, à tout le moins une collusion rapprochait les deux organes tant que cela contribuait à affaiblir la direction de la CGT.

François Ferrette

COMITE D'UNION SYNDICALISTE

SIÈGE PROVISOIRE

5, rue Pierre-Chausson, PARIS

Paris, Juillet 1909.

Appel aux Militants Syndicalistes

Camarades,

Le Syndicalisme français traverse en ce moment une crise qui ne peut laisser indifférent aucun militant ayant réellement le souci des intérêts du prolétariat.

Cette crise, des événements récents l'ont révélée à beaucoup. En fait, il y a des années que le malaise règne et que le mal chemine à travers les organismes syndicaux.

Quel est ce mal ? C'est en violation des statuts de la Confédération générale du travail et des principes fondamentaux établis par nos Congrès nationaux, l'introduction de la politique anarchiste dans le Syndicalisme

La première condition de vie pour nos organisations est de n’être inféodée à aucun parti, à aucune secte. Comme toute autre, la politique anarchiste est un ferment de discorde dès qu'elle pénètre au sein de nos groupements ; comme toute autre, elle suscite des rivalités personnelles, crée des conflits, provoque la désunion, prépare des scissions.

Si tous ceux qui ont conscience de ce mal laissent faire, le Syndicalisme ne sera bientôt plus qu’une chapelle politique entre les mains d'une poignée de démagogues et d'agitateurs verbaux, dont l'intolérance, la violence systématique, l’irrespect des opinions de tous, écarteront de notre œuvre, la masse ouvrière réfléchie, pour le plus grand profit du patronat.

Le Syndicalisme végétera tant qu'il sera rongé par les passions politiques et par les luttes intestines. Il y a trop longtemps que cela dure. Nous voulons réagir contre des théories et des mœurs qui, implantées dans nos organisations, sont les seules causes de la stagnation du mouvement.

Ayant la conviction que le syndicalisme peut et doit réunir tous les travailleurs quelles que soient leur opinion, leur tendance ou leur méthode, nous voulons réaliser, en dehors de toute politique, l’union de tous contre l’ennemi commun, le patronat. Cette union, les politiciens de l’anarchie la dédaignent sous le prétexte inacceptable que, si les bataillons syndicaux devenaient trop gros, ils alourdiraient l’action révolutionnaire du Syndicalisme. C’est pour cela que les militants pénétrés du véritable esprit syndicaliste, étranger à toute politique, sont l’objet d’attaques injurieuses auxquelles ils ont jusqu’ici opposés le silence et le mépris. En voila assez !

Sans négliger de nous défendre contre les insinuations et les calomnies, nous nous efforcerons surtout de ramener le Syndicalisme dans ses limites naturelles, économiques et professionnelles, afin de consolider l'indispensable unité des forces ouvrières dans la C.G.T. Nous agirons en vue d'apporter à la constitution de l'organisme confédéral les modifications nécessaires pour que la majorité ne soit plus opprimée par la minorité.

Nous développerons nos méthodes, basées sur la réflexion et .sur la réalité des faits ; nous cultiverons le sentiment de justice, l'esprit de tolérance, de cordialité, de camaraderie et l'idée de revendication toujours plus énergique, de manière à faciliter le large recrutement syndical.

En un mot, nous travaillerons au triomphe du Syndicalisme « réaliste », préoccupé de réunir par son action toutes les réformes utiles, tous les résultats possibles, toutes les améliorations successives, jusqu’à ce que le prolétariat soit définitivement émancipé de la tutelle du patronat.

Voila l’œuvre à laquelle nous nous sommes consacrés. Elle est assez grande pour recueillir l’adhésion de tous les travailleurs, assez utile pour mériter la sympathie de tous les syndicalistes, assez belle pour nous assurer le concours de tous, réformistes ou révolutionnaires, qui veulent assainir et revivifier le Syndicalisme.

Peur la réalisation de cette œuvre, nous constituons un Comité d'Union syndicaliste composé de militants qui, par la parole et par la plume propageront le principe d’union pour un Syndicalisme réfléchi, organisé et préparé à l'action émancipatrice. Pour répandre partout la méthode du Syndicalisme dégagé de toute accointance, un organe est rigoureusement nécessaire. Le Syndicalisme anarchiste à plusieurs journaux ; le Syndicalisme économique n'en a aucun. Voilà pourquoi nous créons l'Action Ouvrière.

Nous avons la conviction que tous les Syndicalistes de bonne foi, quels que soient leurs tendances et leurs tempéraments, nous aideront à développer cette action qui fera du Syndicalisme français une organisation méthodique, forte et virile, capable de hâter l'affranchissement économique du prolétariat.

Cordier (des Mineurs), Cleuet (des Employés), Cohen (des Artistes Musiciens), Coupat (des Ouvriers Mécaniciens), Gervaise (des Travailleurs de l'Etat), E. Guérard (des Chemins de fer), Keufer (du Livre), Niel (ex-secrétaire de la C.G.T.), V. Renard (du Textile), Thil (de la Lithographie).

[1] Les notices biographiques du Maitron sont muettes sur l’appartenance politique des plusieurs signataires. L’Action syndicale, organe hebdomadaire des travailleurs du Pas-de-Calais et du Nord du 1er août 1909 affirmait qu’ils étaient tous socialistes.

[2] Le Socialisme, n°85, 17 juillet 1909, article « Majorité, organisez vous ! » PM André.

[3] Les publicités pour telle ou telle brochure concernent uniquement les publications réformistes d’Albert Thomas ou des collaborateurs directs de l’Action Ouvrière. La brochure guesdiste fait exception.

[4] l’Action Ouvrière, 15 mai 1910.

[5] L’Action Ouvrière, nouvelle série, n°3, 15 juin 1910.

[6] A l’Assemblée nationale, le 2 décembre 1911, le député guesdiste Compère-Morel lance : « Nous sommes hostiles aux grèves provoquées par une minorité agissante. Il faut rompre résolument avec toute la logomachie révolutionnaire. L'action syndicale doit se mouvoir dans le cadre légal de l'ordre capitaliste »

[7] L’action Ouvrière, nouvelle série, n°7, 15 août 1910, « la politique du syndicalisme ». Montélimard est le gérant du journal.

[8] Compte-rendu sténographique du congrès de la CGT de Toulouse, page 203

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