Le colloque s'est déroulé à Marmande sous un soleil éclatant. Le cinéma le Plaza avait réservé une salle à cette occasion et une exposition agrémentait son hall d'entrée. Le dimanche midi, le pont qui sépare Marmande de Samazan a été baptisé du nom de Renaud Jean avec des élus locaux et un représentant du MODEF.
Voici un extrait de mon intervention en attendant l'intégralité qui sera reproduit dans les Actes du colloques d'ici quelques mois.
Le nom de Renaud Jean est indissociable de la transformation de la SFIO (Section Française de l’Internationale ouvrière) en Parti communiste dans le Lot-et-Garonne et fait partie de cette génération politique qui se hisse aux premiers postes responsables dans l’entre-deux-guerres. Cette génération politique se distingue d’une génération biologique dans la mesure où ces militants d’âges différents, brassant jeunes et moins jeunes, mêlent leurs forces dans un élan vers le communisme. Le brassage est aussi celui des idées qui circulent dans le mouvement ouvrier, des courants politiques qui alimentent la controverse doctrinale.
Quels sont ces socialistes qui vont donner toute leur énergie pour fonder le parti communiste ? Ce ne sont pas des jeunes gens, bien au contraire. Pour s’en tenir aux dirigeants fédéraux de 1920 et aux propagandistes (pas toujours pris parmi les dirigeants), il faut bien reconnaître qu’ils font partie très souvent d’une génération qui a milité avant-guerre. Nous connaissons treize de ces dix-neuf socialistes : seuls deux d’entre eux sont nés dans les années 1890 : Eloi Roger (1892) et Gaston Pérau (1896). Deux autres ne sont pas entrés dans le panthéon du Maitron[1]. Les onze socialistes dont nous connaissons la biographie sont nés entre 1859 et 1887, dont Renaud Jean un des plus jeune. Il faut certainement ajouter un militant « à part », membre du comité de rédaction du Travailleur de Lot-et-Garonne, organe qui joua un rôle si important et présentait le point de vue fédéral chaque semaine. Il s’agit de l’anarchiste Henri Beaujardin[2], âgé de 55 ans en 1920, qui a influencé idéologiquement Renaud Jean et qui sera à la direction fédérale en 1921. La direction politique n’est donc pas composée essentiellement de jeunes gens. La plupart d’entre eux peuvent avoir déjà un passé politique qui sera recyclé dans le cadre du communisme local et dans les premiers pas de formation du PC.
[1] « Le Maitron » est le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, créé par Jean Maitron. Dans la direction fédérale de 1920, Billys et Labatut ne sont pas connus des historiens. Selon le Maitron, Valmary serait né soit en 1883 soit en 1896.
[2] Le cultivateur Beaujardin, de formation anarchiste, combat le militarisme, volontiers opposé à la discipline. Il écrit plusieurs éditoriaux du Travailleur en 1920 sous le pseudonyme de Jean Prolo au moment de la grève de mai. Il accompagnera plus tard Renaud Jean dans la fondation du Parti communiste dont il sera membre de la direction, jusqu’à son décès en 1928. Il sera un des rédacteurs de l’hebdomadaire de la fédération communiste. En 1927, Beaujardin publiera des articles dans le journal le Libertaire. La cohabitation de la pensée communiste matinée d’anarchisme dans la fédération ne pouvait que produire des militants critiques.
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