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Fragment d'histoire du Comité pour la Reconstruction de l’Internationale

Publié par archivescommunistes sur 26 Août 2012, 19:08pm

Catégories : #contributions à l'histoire du mouvement ouvrier

Fragment d'histoire du Comité pour la Reconstruction de l’Internationale

Longtemps ignorées ou minorées, les tendances jouent dans l’après-guerre un rôle important dans la mesure où ce sont elles qui proposent leur orientation dans les congrès socialistes. Le texte qui suit est une partie d’un travail plus large en cours sur le groupe qui prit la majorité en octobre 1918 au congrès de la SFIO, appelée Comité pour la Défense du Socialisme International (CDSI). Celui-ci est rapidement confronté en 1919 à la montée du courant communiste, à l’audience grandissante de la IIIè Internationale, et doit y faire face. Les réponses que le CDSI apporte sont, d’une part, sa propre transformation en Comité pour la Reconstruction de l’Internationale (CRI) en décembre 1919, et, d’autre part, la perspective contenue dans son nouvel label, la Reconstruction de l’Internationale. Il déclare ainsi que la IIè Internationale est morte, qu’il est nécessaire d’agir pour regrouper les partis qui en sont issus et qui condamnent le socialisme de guerre. La consultation au Centre des Archives contemporaines du dossier « Daniel Renoult »[1], un des socialistes les plus importants à l’époque, contient des rapports de police qui permettent de relater la naissance du CRI et qui traduisent l’état d’esprit de cette tendance.

 

Le CRI succède au Comité pour la Défense du Socialisme International le 28 décembre 1919. 250 personnes sont réunies pour discuter de son action sous la présidence de Mouret, député. Daniel Renoult anime alors la discussion et propose que la gauche (les centristes se classent ainsi) et l’extrême gauche (le Comité de la IIIè Internationale) se concertent en vue de préparer une motion commune pour le congrès de Strasbourg qui aura lieu en février 1920. Il déclare « une discussion à ce sujet permettra de savoir, dit-il, ce que nous pensons de part et d’autre, puis nos idées échangées, nous tenterons de réaliser l’accord nécessaire pour présenter une motion, d’abord à la fédération de la Seine, ensuite au congrès de Strasbourg ». Le contexte politique international va dans le sens d’un retrait de la IIè Internationale car le parti socialiste indépendant l’a quitté sans toutefois rejoindre la IIIè. Ce parti propose de se concerter avec d’autres organisations socialistes d’Occident avant de décider d’un ralliement à la IIIè. Daniel Renoult estime qu’ « adhérer à la IIIè Internationale serait un geste vain. Il est préférable de refaire une Internationale ayant pour but principal de soutenir la révolution russe. Nous pouvons être avec la révolution russe sans adhérer à la IIIè Internationale ». Il s’appuie sur les propos du socialiste autrichien Fritz Adler écrivant à Trotsky lui expliquant que les méthodes révolutionnaires russes valent pour la Russie mais pas pour l’Autriche, qu’il vaut mieux reconstruire l’Internationale défunte et qu’il est opposé à la création de la IIIè Internationale. Daniel Renoult poursuit son raisonnement : « il n’est pas nécessaire d’aller à la IIIè Internationale. Il s’agit seulement de raccorder les tronçons épars de la IIè. C’est ainsi qu’un groupe de  de membres de l’ancien ‘Comité de défense du Socialisme International a pensé que le PS français devait quitter la IIè Internationale et se concerter avec les fractions socialistes qui veulent poursuivre la lutte de classe (PS indépendant allemand, parti socialiste suisse, italien, etc.) et établir l’Internationale sur de nouvelles bases ». A l’issue de sa démonstration, il donne lecture d’une longue motion qui déclare que le PS quitte la IIè Internationale et fait appel aux sections nationales des partis d’Occident pour se réunir en une conférence en Suisse pour envisager l’attitude à prendre envers la IIIè Internationale.

 

Un débat générale s’ensuit et traduit toutes les ambiguïtés initiales du projet : fallait-il se rallier à la IIIè ou créer une autre Internationale ? Mauranges veut une nouvelle Internationale, reconstruite, défendant la dictature du prolétariat et que le socialisme se dissocie de la défense nationale. Fraud pense que la nouvelle internationale qui sera reconstruite verra la IIIè se rallier à elle. Marianne Rauze souhaite le regroupement international préalablement à l’adhésion à la IIIè Internationale sur les bases de la révolution russe. Paul Faure déclare : « J’approuve la révolution russe et même la IIIè Internationale. Je suis d’avis qu’on quitte immédiatement la IIè mais je voudrais que nous nous concertions ensuite avec les fractions socialistes d’Amérique, d’Angleterre, d’Allemagne et de Suisse pour envisager s’il y a lieu  d’aller à la IIIè Internationale ». Rappoport, Antonio Coen et Chevallier désapprouvent la proposition de la reconstruction et se déclarent favorables à l’adhésion directe à la IIIè. Victor Méric, initialement partisan de l’adhésion immédiate à la IIIè, se rallie à la position de Paul Faure. Il prévient que si le regroupement en vue de la reconstruction ne se produit pas, il faudra adhérer à la IIIè. Paul Louis accuse le Comité de la IIIè Internationale de diviser les militants, ce qui favorise la droite du parti. La seule proposition qui débouche de ces débats est la réunion de représentants du CRI et du Comité de la IIIè Internationale en vue de concevoir une motion commune pour le congrès de Strasbourg. Un comité provisoire est désigné : Mauranges, Paul Faure, Paul-Louis, Lerch, Dunois, Daniel Renoult, Lucie Leiciague.

 

Le 12 janvier 1920, 60 personnes participent au débat sur le règlement intérieur du CRI. L’article premier  fait référence au manifeste des communistes de 1847 et à la résolution du congrès d’Amsterdam de 1904. Les textes de la IIIè Internationale sont ignorés. Un participant voudrait que le CRI comprenne tous les militants qui veulent quitter la IIè Internationale et rallier la IIIè. Sa proposition est repoussée et l’article adopté à l’unanimité. Ne pourront appartenir au CRI que les socialistes, dans chaque département une section locale pourra être créée. Il n’y aura pas de comité central mais une commission exécutive en tant qu’organe directeur qui comprendra 60 personnes. Une réunion générale est prévue tous les deux mois. Daniel Renoult annonce en fin de réunion que Loriot et le Comité de la IIIè Internationale présenteront une motion séparée car il n’y a pas eu accord sur la base du parti socialiste indépendant d’Allemagne.

 

François FERRETTE

 

[1] CAC, Cote 19940472 Article 98 Dossier 8752 (1919-1934)

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