Un espace historique sur le mouvement ouvrier

Un espace historique sur le mouvement ouvrier

socialisme, origines du communisme français, biographies


Clarté 1919-1924, tome 1 (du pacifisme à l’internationalisme prolétarien),

Publié par archivescommunistes sur 21 Janvier 2012, 14:16pm

Catégories : #Notes de lectures

LIVRE-CLARTE.jpgVoilà un livre stimulant et précis qui jette un regard sur la vie intellectuelle d’intellectuels en rupture de ban au lendemain de la Première Guerre mondiale. Le nom de Clarté vient du livre d’Henri Barbusse qui fut l’âme de ce qui fut, à ses débuts, à la fois une revue et un mouvement. Un des instigateurs d’un regroupement intellectuel était Raymond Lefebvre, lequel reprochait l’atonie de la vie intérieure des organisations ouvrières plus intéressées par les intérêts immédiats des masses laborieuses que par les questions doctrinales. C’était une des raisons du ralliement à l’union sacrée en 1914. Il fallait donc fournir des éléments de compréhension de la situation.

L’un des objectifs de Barbusse et de son équipe de jeunes et anciens combattants (Raymond Lefebvre, Paul Vaillant-Couturier, Noël Garnier..) était de fonder des groupes Clarté en France et à l’étranger pour constituer une Internationale de la pensée. Le 4 septembre 1919, une réunion constitutive officialise la création de l’organisation. Au final, si 5000 personnes pouvaient être revendiquées comme adhérents au plan international, les groupes locaux (dont une trentaine en France) se dissolvent assez rapidement en 1921.

Clarté regroupait en effet en 1919-1920, des individus aux orientations hétéroclites. Ce fut une des critiques des jeunes qui reprochaient à Barbusse d’avoir accepté en son sein des personnalités dont la fréquentation ne pouvait aller de soi car trop teintés de chauvinisme. Cela sera une des critiques de Romain Rolland qui refusa toujours d’être membre de Clarté. Les clartéistes de Norvège combattaient l’Internationale communiste quand celle-ci était défendue par les principaux animateurs de Clarté en France. Même dans notre pays, les adhérents pouvaient être d’horizons politiques très divers. Le responsable du groupe local de Clarté de Troyes était le président du groupe radical-socialiste de la ville et se présentait aux élections avec le Bloc national (droite).

Il restait essentiellement la revue dont l’aura était justifiée par l’implication de ses animateurs dans la vie sociale et intellectuelle. Le 1er numéro de Clarté est publié le 11 octobre 1919. En 1920, elle aura jusqu’à 4500 abonnés.

Mais dès le départ, c’est le confusionnisme qui caractérise les premiers pas de cet organe. Une déclaration parue en juillet 1919 pourfend le traité de Versailles et défend les 14 points « de paix » du président des Etats-Unis, Wilson. Ce n’est qu’à partir de mai 1920 que Barbusse et la revue Clarté défendent nettement la IIIè Internationale et rejettent le réformisme et l’humanisme.

En fait, Clarté manifeste la volonté d’une couche sociale particulière, celle des intellectuels, de se détacher du régime capitaliste. Leur doctrine est donc mouvante, allant du réformisme bienveillant au centrisme (marquée par le soutien à Wilson et à la demande révision du traité de Versailles) à des conceptions communistes plus affirmées. Plus étonnant est l’évolution de la revue vers les thèses de Georges Sorel qui, on le sait, avait salué le travail de Lénine et le bolchevisme dans un texte paru en septembre 1919 : Pour Lénine. A partir de 1923, Edouard Berth introduit des éléments de la pensée du philosophe prolétarien et convainc certains collaborateurs comme Marcel Fourrier ou Georges Michael de s’intéresser des questions de doctrine. Berth estime que le sorélisme est la synthèse du proudhonisme et du marxisme.

On pourrait être surpris de la résurgence d’une référence du socialisme utopiste du XIXè siècle au moment où le communisme se veut l’application concrète du marxisme et être un socialisme scientifique. En réalité, passé, présent et avenir se mélangent  dans un tourbillon incessant, dans la quête constante d’un chemin à tracer pour rompre avec le capitalisme. Cela démontre, s’il était nécessaire, que l’idéologie portée par cette génération du feu était à la confluence de divers courants que le bolchevisme ne put annihiler. André Cuenot prend tour à tour différents sujets (féminisme, l’école, l’art et la révolution…) pour faire un état des lieux des thèmes qui agitaient la revue Clarté et exposer les écarts entre chacun d’eux et ce qui était pratiqué en Russie ou défendus par les communistes russes. Un livre à lire pour mieux comprendre les interrogations de l’époque.

                                                                                                                              François FERRETTE

Clarté 1919-1924, tome 1 (du pacifisme à l’internationalisme prolétarien), d’Alain Cuenot , L’Harmattan, juillet 2011, 25€.

Commenter cet article

Archives

Articles récents