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socialisme, origines du communisme français, biographies


Les révolutionnaires de la Loire à la naissance du PCF

Publié par archivescommunistes sur 27 Septembre 2011, 18:26pm

Catégories : #éléments d'histoires locales

La Loire est un département très sensible à l’idée de la révolution. Les anarchistes y étaient bien présents mais les socialistes de gauche s’y affirmaient également. Les débats idéologiques y sont intenses car les positions dans les organisations ouvrières, des uns et des autres, sont à des niveaux élevés de l’appareil. Des tentatives autonomistes sont également à l’œuvre avec des formes organisées parallèles à la CGT et à la SFIO.

 

Le Comité de la IIIè Internationale, qui cherchait à peser sur la SFIO et la CGT, avait noué des contacts très rapidement avec des militants du groupe des Amis de la Vague, journal fondé par le député pacifiste, Pierre Brizon, qui publiait les lettres de soldats et s’affirmait nettement pacifistes au contraire de l’Humanité.

 

Selon un rapport de police du 26 mai 1919, le groupe des Amis du journal la Vague s’est réuni le samedi 24 courant avec une trentaine de personnes. « Moulin rend compte qu’il avait écrit à Loriot et Louise Saumoneau pour leur demander tous renseignements utiles pour adhérer à la 3è Internationale… Loriot lui aurait répondu et fait parvenir les statuts dont il donne lecture. Certains passages marquent qu’il faut s’emparer des pouvoirs publics par la révolution et s’il est nécessaire à main armée. Moulin demande aux auditeurs d’adhérer à cette 3è Internationale par la création d’une section à St Etienne. Quatorze inscriptions sont enregistrées. Les autres demandent réflexion jusqu’à la réunion prochaine. Une réunion secrète aura lieu très prochainement… Loriot a promis de se rendre à St Etienne ».

 

Moulin, l’âme du mouvement, espère que le nombre des adhérents grossira rapidement. Une propagande en ce sens est faite au sein de l’Union départementale, du parti SFIO et des Amis de la Vague.

 

Le 7 juillet, la police constate que 30 personnes se sont inscrites au Comité de la IIIè Internationale et ont créé une section locale. Le 8 octobre, la Vie ouvrière affirme qu’un autre groupe est constitué à Roanne animé par Michelat. Le développement de ces groupes est resté opaque et nous ignorons les activités qui ont pu être menées.

 

Ferdinand Faure, secrétaire de la fédération socialiste de la Loire, est suspecté par le groupe des Amis de la Vague d’être hésitant vis-à-vis du communisme. Il est invité au groupe pour qu’il s’explique. A défaut, si la section socialiste devait ne pas prendre parti pour le communisme, les Amis de la Vague exerceraient une action purement extérieure au parti socialiste. Ferdinand Faure sera porteur des mandats en faveur de Longuet et se ralliera au communisme au moment du congrès de Tours.

 

Le 31 mars 1920, un rapport der police signale qu’un groupe d’études philosophique et sociale a adhéré à la fédération communiste des soviets, organisation anarchisante qui est en concurrence avec le Comité de la IIIè Internationale. Le même rapport précise que les Amis de la Vague et une fraction importante de la section stéphanoise de la SFIO ont discuté ensemble de la possession des moyens de production pour assurer une répartition égalitaire des produits. Au de là du contrôle des entreprises, les révolutionnaires émettent le projet de disposer d’une armée spéciale pour défendre la révolution. L’idée du régime soviétique est introduit parmi les masses à travers les syndicats que les socialistes ont investi.    

 

En prévision de troubles sociaux grave, le préfet de la Loire organise alors le 9 avril 1920 une réunion avec une vingtaine d’industriels pour parer à tout blocage des services publics. Il leur est demandé de constituer des listes de leurs personnels d’encadrement supérieur qui aurait pour tâche de maintenir le fonctionnement l’éclairage, l’administration des PTT, des chemins de fer, etc. Les industriels devaient envoyer quelques jours plus tard les noms des « jaunes » qui remplaceraient les grévistes. Le 1er mai suivant date retenue par la CGT pour lancer son mouvement de grève. La chambre de commerce de St Etienne organisait de son côté une union civique  aux buts similaires présidé par le notaire Glatard.

 

Le 1er mars 1920, le Comité de la IIIè Internationale édite le Bulletin communiste dont la diffusion est assurée à Roanne par un dénommé Ramey.

 

Ils sont épaulés par les socialistes de gauche du Rhône. Ceux-ci tiennent un congrès régional de la IIIè Internationale le 11 janvier 1920 à Lyon… La plupart des sections du parti SFIO de la Loire n’étaient pas représentés à ce congrès. Néanmoins, y assistaient un certain nombre d’adhérents de la Loire à la IIIè Internationale. Firminy y comptait plusieurs personnalités. Firminy devait être visité le 24 janvier par Pierre Berthet (libertaire) et Garin, ex-secrétaire des métaux de Lyon. Depuis la guerre, Firminy était un lieu d’opposition et plusieurs habitants étaient titulaires d’une carte du CRRI, Comité préexistant à celui de la IIIè. Henri Michon  est ensuite allé dans plusieurs villes de la Loire.

 

En fait, seul le groupe socialiste de Roanne semble rebelle au communisme, le secrétaire ayant refusé d’organiser une réunion publique où les socialistes du Rhône auraient fait connaître leurs buts. En novembre, Lyon communiste peut se dire : « Roanne était la seule section qui se dressait contre la 3ème Internationale. Lors de sa première entrevue Métra avait constaté une grande hostilité. Depuis, les camarades de Roanne ont réfléchi, se sont documentés et l’adhésion à la 3ème Internationale ne fait plus de doute. »

 

Parallèlement, les révolutionnaires de la CGT s’organisent sous la forme des Comités Syndicalistes Révolutionnaires (CSR). Le 7 novembre a lieu la réunion constitutive du premier groupe à St Etienne au cours de laquelle 41 adhésions sont réalisées. Soulier, anarchiste du syndicat des typos en est désormais le secrétaire. Le Bulletin communiste est diffusé à l’issue de la réunion. Deux CSR sont rapidement créés dans la Loire, celui de St Etienne a 41 cotisants et celui de Terrenoire en a 12. Un troisième le sera plus tard à St Chamond avec 30 membres. En 1921, Arnaud, le secrétaire de la Bourse du Travail de St Etienne, annonce que 196 cartes ont été placées. Les CSR sont traversés par des débats qui les divisent : faut-il ou non rester à la CGT ? Les CSR doivent-ils en conséquence n’organiser que des membres de la CGT ou, aussi, des personnes extérieures ? Cette dernière position est retenue au cours d’une réunion le 16 janvier 1921 avec comme conséquence l’acceptation que la CGT n’est pas redressable. La direction nationale des CSR estimait l’inverse et refusait dans ses statuts l’adhésion de non syndiqués. Le poids des anarchistes se fait là sentir de façon importante puisque les CSR n’arriveront pas à se développer. Certains veulent prendre directement possession des usines quand d’autres veulent d’abord que des conseils ouvriers (des soviets) soient instaurés pour ensuite pouvoir assurer la pérennité de la possession des usines. L’exemple italien avait montré les limites d’une occupation des entreprises quand la bourgeoisie tient encore le pouvoir politique.

 

Finalement, au congrès fédéral de Rive de Gier, (28 novembre 1920), Delhomme dépose sur le bureau le projet de résolution d’adhésion sans réserve élaboré par le Comité de la 3ème Internationale et la fraction dissidente des Reconstructeurs (Cachin-Frossard).

 

DOCUMENTS EN LIGNE :

Deux tracts très rares datant de 1919 appelant à la constitution de conseils ouvriers. L'origine en est certainement anarchiste.  Le journal l'Internationale, de Raymond Péricat,  a une publicité. La lecture du journal Le Libertaire est aussi conseillée.

 

TRACT CONSEILS OUVRIERS 1919 Arch. dép. de la Loire, 1M515
TRACT2 CONSEILS OUVRIERS 1919 Arch. dép. de la Loire, 1M51
TRACT3 CONSEILS OUVRIERS 1919 Arch. dép. de la Loire, 1M51
 


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