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Les premiers communistes en Territoire de Belfort (Septembre 1920 – octobre 1921)

Publié par archivescommunistes sur 10 Juillet 2011, 08:02am

Catégories : #éléments d'histoires locales

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Dans le Territoire de Belfort, les forces les plus décidées à créer un Parti communistet se trouvent dans les jeunes socialistes. Le secrétaire des JS de Belfort, Brunner, après un voyage à Paris, est convaincu par ses camarades parisiens d’organiser une section locale du Comité de la 3è Internationale. Celle-ci est créée le 17 septembre 1920 en présence de neuf personnes. Immédiatement, le bureau est formé de Geyer, en charge du secrétariat. C’est un ouvrier de la Société Alsacienne. Brunner est secrétaire-adjoint ; un dénommé Gune, quincailler, est trésorier et Lacroix, trésorier-adjoint. Ils sont tous ouvriers à la Société Alsacienne. A ce secrétariat s’ajoute Noir, cheminot révoqué, aussi ouvrier à la Société Alsacienne des Constructions Mécaniques. Il est décidé de mener la bataille dans la SFIO contre ceux qui s’opposeraient à la 3ème Internationale. En outre, Chevalme, secrétaire de la Bourse du Travail sera invité à donner son point de vue. S’il est négatif, il serait envisagé de le destituer de son poste pour le remplacer par Verschine, ouvrier de la SACM. Enfin, il était envisagé d’organiser une réunion de propagande. Les réunions sont hebdomadaires et se tiennent au restaurant coopératif, faubourg des Vosges. Le groupe atteindra une vingtaine de membres. Le 25 septembre, huit nouveaux adhérents sont enregistrés, tous ouvriers à la SACM. Le 9 octobre, le comité local décide d’épauler les jeunesses socialistes pour l’organisation de ses initiatives. Le 4 novembre, il adopte l’édition de papillons indiquant « Ouvriers ! le moment est critique, ADHEREZ à la IIIè Internationale !»

 

Leurs membres interviennent effectivement dans les réunions socialistes, notamment le 27 novembre, où Gune doit justifier l’existence du comité local. Les hésitations de Naegelen laissent planer une situation d’incertitude quant à la possibilité d’emmener l’ensemble de la fédération et d’abord ses principaux dirigeants, à la 3ème Internationale. Le 23 décembre, cette section de Belfort du Comité de la 3ème Internationale entend Geyer qui a pris contact avec Cazals, secrétaire de l'Union des syndicats unitaires du Doubs et membre du parti socialiste pour préparer la mise sur pied d’un journal régional communiste fait par abonnement. Il se refuse cependant à créer un journal car il attend les conclusions du congrès de Tours. En effet, les dirigeants socialistes de Belfort se rallient à la 3ème Internationale et vont mettre Germinal à la disposition de la jeune fédération communiste du Territoire de Belfort le journal de la SFIO. Il faut dire que Germinal ne défendait pas franchement le communisme et que cela suscitait une méfiance des jeunes révolutionnaires dans la possibilité de récupérer cet hebdomadaire. Au cours de la réunion du 23 décembre, le texte d’un nouveau papillon est adopté : Camarades ! L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ; Camarade, réveille-toi ! Ta place est au groupe communiste, tous les jeudis soir, à 20 heures, au restaurant coopératif. Vive la Russie et le prolétariat mondial ! Ce comité local ne semble pas avoir eu une influence suffisante pour redresser la fédération socialiste dans un sens révolutionnaire. Ce sont les mêmes dirigeants avant et après Tours qui dirigent la fédération alors qu’ils émettent depuis des mois un doute quant à la justesse d’adhérer à la 3ème Internationale. Les membres du Comité éprouvent donc des difficultés à imposer leur tendance qui reste marginale dans la fondation du PC dans le département, même s'il y contribue partiellement.

 

Après le congrès de Tours, le comité local de la 3ème Internationale se réunit encore chaque semaine mais les réunions vont devenir plus épisodiques par la suite. Le 20 janvier 1921, le comité décide d’aller au congrès socialiste de Danjoutin avec les consignes d’empêcher Naegelen et Rucklin, conseiller général, de prendre la parole. Notons qu’à ce moment la section locale du Comité de la 3ème Internationale réalise encore deux nouvelles adhésions, ce qui signifie un renforcement de l’aile gauche du Parti et donc d’une méfiance maintenue à l’égard de la direction fédérale. Lors du congrès de la fédération socialiste du Territoire de Belfort, tenu le 23 janvier 1921, cinquante personnes sont présentes. Frossard y assiste et fait le bilan du congrès de Tours, du congrès de la CGT à Orléans. Il attaque Chevalme qui annonce son intention de démissionner du Parti. Mais sur l’insistance de Frossard lui-même et de Naegelen, il consent à rester. Un vote, proposé par Naegelen, est fait très largement en faveur de l’adhésion à la 3ème Internationale.

 

L’hebdomadaire tenu par les anciens dirigeants fédéraux, Germinal, prend alors une orientation plus communiste après la visite de Frossard. L’administration du journal est assurée par Guyon, Omeyer, Geyer, Gorisse, Rucklin et Naegelen.

 

Ce dernier quitte Belfort pour la Russie le 11 mai pour en revenir le 9 août. Il fit partie de la délégation du Parti communiste au IIIe congrès de l'Internationale communiste. Selon la police, il est revenu déçu et découragé par ce qu’il a vu. Cependant, il continue ses activités politiques. Le 12 octobre 1921, il quitte le secrétariat de la fédération et la direction de Germinal pour se consacrer au métier de pâtissier.

 

Pour la police, le glissement sur des positions communistes se constate avec l’évolution des animateurs de Germinal. Chevalme est devenu minoritaire et Cazals, militant nettement engagé depuis longtemps pour la 3ème Internationale, y écrit désormais.

 

En septembre 1920, la SFIO compte 800 adhérents et la fédération communiste en compte 500 en 1921.

 

DOCUMENTS EN LIGNE :

Le premier rapport de police date du 18 septembre 1920 et annonce la création de la section locale du Comité de la IIIè Internationale à Belfort. Les deux autres rapports datent du 27 septembre et 6 novembre.

 

rapport de police 18.09.20 AD TB 1M182
 rapport de police (2) 18.09.20 AD TB 1M182

rapport de police 27.09.20 AD TB 1M182 

rapport de police 06.11.20 AD TB 1M182 

  Publié avec l'autorisation des Archives départementales du Territoire de Belfort. Cote 1M 182

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