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Souvenirs d'Henri Varagnat (Bondy)

Publié par archivescommunistes sur 3 Septembre 2012, 17:33pm

Catégories : #éléments d'histoires locales

Nous reproduisons les souvenirs d'Henri Varagnat publiés dans le Réveil de l’Est (numéro du 23 décembre 1950), journal local du PCF, et mettons ensuite quelques commentaires sur le texte lui-même. Les archives communales de Bondy nous ont communiqué la liste des élus socialistes en décembre 1919 pour le renouvellement du conseil municipal ainsi que la profession de foi de la SFIO. Cela nous a permis de comparer les noms évoqués par Henri Varagnat, partisans de la IIIè Internationale avec les élus locaux.

 

Pourquoi évoquer cette ville et la séparation entre socialistes et communistes en décembre 1920 ? Tout simplement parce que, au-delà du caractère anecdotique, Bondy n’apparait jamais dans les journaux socialistes. Cette commune se fait plutôt discrète dans les colonnes de l'Humanité, elle semble paisible et sans contradictions. D'autres villes, telle St Denis, ont manifesté des oppositions fortes que les historiens perçoivent bien plus facilement. Cela nous renseigne sur les limites des études de la presse (ou des cartons d’archives) qui se taisent sur certaines actions qui ont pourtant marqué les protagonistes du moment. Ce n'est pas parce que la police n'a rien vu que les militants n'agissaient pas.  Sans doute, les actions de rue (diffusion de tracts, rassemblement...) n'ont pas eu la vigueur et la force nécessaire à une prise en compte de l'existence de la tendance de gauche qui était agissante.

 

A Bondy, une des particularités est l’investissement de conseillers municipaux dans les rangs de la tendance communiste, le Comité de la IIIè Internationale et leur âge qui les classent dans les générations formées avant guerre. Ce ne sont décidément pas les jeunes qui, seuls, ont bousculé les cadres politiques anciens.

 

VaragnatHenri InstallationCM Bondy 1935« Agé de 18 ans, je pouvais conformément au statut du parti socialiste, adhérer à celui-ci, ce que je fis en mai 1919. Immédiatement, au sein de la section socialiste,  je continuais l’action menée dans les Jeunesses pour la constitution du Comité de la IIIè Internationale. Dans ce Comité, il y avait de bons militants, dont beaucoup ne sont plus : Barra, Amédée Guyard, Lavérie, Jusot, Jousselin, Guinault, Sengler, Drouhart, Barrault, etc. et les jeunes Azout, Sengler, Wattrin, Wetzel, les sœurs Guinault et le signataire de ces lignes.

 

Pour les vieux comme pour les jeunes, une seule aspiration : PLUS DE GUERRE ET EPANOUISSEMENT DU SOCIALISME EN RUSSIE. Quel enthousiasme à Bondy quand la révolution russe était évoquée, en particulier lors des grandes grèves de la métallurgie (usine de la Moderne, Chémeau et Nivoit, cette dernière ayant disparu et remplacée par la maison Bois et Parquets).

 

C’est dans une atmosphère de confiance et de sympathie envers le pouvoir soviétique que la discussion eut lieu au sein de la section de Bondy pour l’adhésion à la IIIè Internationale. Les votes pour le congrès de Paris furent significatifs : 180 voix pour la IIIè Internationale ; 13 voix pour la Reconstruction de celle-ci ; pas une voix pour l’Internationale des Blum, Renaudel et consorts.

 

Après Tours, l’œuvre scissionniste de Blum n’eut pas d’échos à Bondy, mais cela ne dura pas longtemps. Notre commune était travaillé par un avocat sans cause, le dénommé Laval, parti de bien bas et qui vécut souvent « aux crochets » de bons militants de la section.

 

Mais, comme le déclarait cet aventurier : « Seul le résultat compte ». Pour lui, le résultat n’a certainement pas été celui qu’il escomptait : enseignements que certains de ses élèves en trahison feraient bien de méditer. Laval s’employa à faire la scission à Bondy. Il trouva un terrain facile auprès du maire de l’époque qui, quoique battu au sein du conseil municipal, conserva son mandat et quitta avec quelques un de ses amis le Parti.

 

De cette époque, peu de militants vivent encore. Chez les anciens, notre camarade Barra, toujours solide au poste, jouit de sa retraite en province. Propriétaire d’un pavillon à Bondy, il était toujours électeur dans cette commune où il fut le porte-drapeau de notre Parti en 1925. Cela devait gêner certaines personnes car il fut radié malgré ces protestations et son droit.

 

Les autres sont morts, mais leur œuvre, la section qu’ils avaient constitué (section qui s’est renforcée par la suite par nos amis Auffret, Voillot, Louis, etc.) a toujours mené le bon combat pour la paix.

 

Cette section qu’ils ont constituée a été cruellement éprouvée pendant la guerre de 1939-1945. Ses meilleurs militants, ses patriotes, ont donné leur vie pour le pays. Leur place a été prise par d’autres, qui, fidèles aux sentiments qui guidaient leurs ainés, il y a trente ans, continuent la lutte pour le pain, la paix et pour la France démocratique.

 

H. VARAGNAT »

 

Henri Varagnat distingue deux catégories de militants, les « anciens », militants d’avant-guerre, et les jeunes. Il cite une première série de noms qui sont, en fait, des conseillers municipaux : Jousselin (peintre), Amédée Guyard (polisseur) et Georges Lavérie (employé des chemins de fer).

En ce qui concerne les autres « anciens », il est fort possible qu’Henri Varagnat n’ait pas respecté l’orthographe des noms des autres conseillers municipaux : Bara pour Barra, Drouhart pour Drouart, Jusot pour Jussot et Barrault pour Barreau. Ils sont tous les quatre conseillers municipaux élus le 7 décembre 1919 sur la liste de Pontchy. En tout, sept conseillers municipaux sur les vingt-trois élus. Nous n’avons pas retrouvé la trace de : Guinault et Sengler qui ne sont pas des élus. Le Maitron ne les connait pas mais un Eugène Sengler verse à la souscription du PC en 1922 et il est aussi mentionné en 1907 comme boulanger résidant à Bondy. Il y eut un Guinot qui fit partie de la direction locale des jeunes communistes.

 

Les grèves évoquées sont celles de juin 1919 qui firent 300 000 grévistes en région parisienne. L’écho de la révolution russe est amplifié par les débats de grévistes qui veulent imiter son exemple.

 

Henri Varagnat commet certainement une erreur lorsqu’il parle du « congrès de Paris » de la SFIO. Il y eut bien un congrès de Paris mais en avril 1919 qu’il rattache indument à la proposition de la Reconstruction, lancée en décembre 1919 par les dirigeants socialistes. Il s’agit sans doute du congrès de Strasbourg qui eut lieu en février 1920.

 

L’Humanité du 17 janvier 1921 précisait que la section de Bondy avait 164 adhérents (dont 6 nouveaux), que 30 reconstructeurs dont 15 conseillers municipaux et le maire avaient scissionné.

 

Le Comité de la IIIè Internationale est clairement identifié comme le vecteur utile pour la campagne d’adhésion. Varagnat dresse une liste partielle qui comprend 16 militants et précise que d’autres pourraient s’ajouter. Si l’on s’en tient à ce chiffre, cela signifie qu’environ 10% des socialistes (si tant est que les jeunes aient rejoint la SFIO) s’étaient organisés dans la tendance de gauche du Parti, taux très élevé par rapport au taux résiduel de 1 à 5% qu’on rencontre dans d’autres sections ou fédération.

 

 

Crédit photographique : Service Documentation Archives de la Ville de Bondy

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