Un espace historique sur le mouvement ouvrier

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socialisme, origines du communisme français, biographies


DELOURME Clotaire

Publié par archivescommunistes sur 9 Janvier 2012, 17:29pm

Catégories : #éléments biographiques

Clotaire-Delourme.jpgNé le 14 janvier 1877 à Cysoing (Nord), mort le 7 mai 1950 à Hellemmes. En 1912, Delourme se fit remarquer à un meeting contre la guerre après qu’un intervenant ait craint que les instituteurs aient peur de se syndiquer. Delourme, au premier rang, lui lança : « nous n’avons pas peur ». Il était dès cette époque secrétaire-adjoint du syndicat d’instituteurs et d’institutrices du Nord. Ce syndicat fut dissous le 8 septembre 1912. Mais les syndicalistes se réorganisèrent et fondèrent un groupement intitulé « L’Emancipation » fondé le 10 octobre 1912. Au cours de la guerre de 1914, il obtint le grade d’officier.

Dans un courrier adressé visiblement à un responsable de Hellemmes, Delourme fait part de son point de vue sur la scission de Tours : « je croyais le problème résolu par le congrès du 19 décembre à Lille, par celui de Tours ensuite, et que le démocratisme était nettement condamné au profit du socialisme ‘lutte de classe’. Le congrès de Tours n’a fait que régler définitivement un différend entre deux tendances, différend né le 4 août 1914, quand les dirigeants socialistes de tous les pays, sauf les Russes, ont remis notre glorieux drapeau rouge entre les mains des empereurs, des rois et des Présidents pour brandir le drapeau national, allemand, français, anglais, belge, etc. »

En 1920, il prit la décision de constituer des comités de la IIIè Internationale dans le Nord avec Bonte, Hentgès, Dewoldre et Devernay. En février, après le congrès départemental de la fédération socialiste du Nord, ils lancèrent Le prolétaire. Ce journal défendait la thèse communiste qui ne pouvait se développer dans les colonnes de l’organe socialiste le Cri du Nord. Ce n’est qu’en avril qu’ils prirent la décision d’informer les lecteurs de leur intention de créer des comités locaux de la IIIè Internationale. Après des négociations avec les anarchistes organisés dans la Fédération communiste des Soviets, des sections socialistes, ils purent fonder le comité départemental le 4 juillet. Dès le départ, environ cent à cent cinquante militants les rejoignirent. Ils essaimèrent dans les mois suivants, multipliant les interventions dans les manifestations, les meetings, les réunions internes de la fédération socialiste.

En 1921, il fut à la tête de la jeune fédération communiste après que plus de 62% des socialistes aient voté pour l’adhésion à la IIIè Internationale. Un rapport de police de 1922 le définissait comme un esprit exalté et acariâtre et qu’il serait dangereux en cas de mouvement insurrectionnel. Il a été inscrit au carnet B le 20 décembre 1922.

En 1922, il fut déféré devant le conseil départemental des instituteurs aux fins de censure et déplacement d’office pour avoir présidé une conférence contradictoire organisée par la section communiste d’Hellemmes. Nous ignorons si cela se traduisit dans les faits. Il avait déjà reçu un blâme par l’Inspection académique du Nord auparavant.

En 1923, à Templemars, Delourme fut empêché de parler à l’occasion de l’inauguration d’un monument aux morts. Des cris de la foule « Pas de politique à nos morts ! », « descendez-le ! » le convainquirent d’arrêter son intervention. Sa femme qui l’attendait en bas de la tribune protesta violemment  contre l’attitude de la foule à l’égard de son mari : « c’est honteux d’empêcher un mutilé de dire toute la vérité ». Sur un ton sarcastique elle jeta : « préparez la prochaine guerre ! », « il n’y a pas d’hommes ici ! ». En s’éloignant elle leur lança «  Et maintenant buvez bien et dansez sur les cadavres ! »

Mais il dut abandonner ses responsabilités politiques pour se consacrer à son syndicat des instituteurs suite à un surmenage et à plusieurs semaines de repos. Son syndicat était en effectifs le deuxième de France, après le Finistère, en 1924. Cependant, il est proposé à la députation, malgré lui, en mai de la même année et le syndicat ne trouve pas de successeur à sa hauteur. Il fut élu député de 1924 à 1928. Un journaliste du Petit Parisien le décrivait alors ainsi : « entre ses égaux, dans une petite maison blottie tout contre une grande église de briques rouges… Assis devant un modeste petit bureau que surmonte un portrait de Tolstoï à la barbe patriarcale, il me narre, tête inclinée, yeux clos et mains jointes ses démêlées avec l’administration »

En juillet 1924, un meeting communiste en faveur de l’amnistie est organisé à Lille. Delourme, à la tribune, vient serrer la main d’une veuve allemande qui vient de témoigner et déclare que « le jour où les capitalistes voudront mobiliser contre le peuple allemand les fusils et les mitrailleuses se retourneront contre les bourgeois, rapaces coalisés. »

En 1925, il participa à la campagne contre la guerre du Rif et déclarait lors d’une réunion : « nous, communistes, nous sommes avec tous les peuples opprimés. Nous demandons la cessation immédiate des hostilités engagées avec le Maroc et la Syrie et nous devons dire que la seule façon d’être pacifiques, c’est d’être révolutionnaires. Avoir des fusils en main et savoir s’en servir… » Il appelait à la fraternisation entre soldat rifains et français.

Ses liens avec le syndicat des instituteurs le sensibilisèrent certainement aux interrogations qui assaillirent un certain nombre de cadres lorsque l’Internationale communiste demande de « bolcheviser » ses sections. Il signa donc la lettre des 250 en 1925 « avec réserve », alors qu’il était député. En 1926, Delourme fut rayé du carnet B.

Au cours de la campagne des législatives de 1928, Delourme annonça « qu’à aucun prix, les communistes ne feraient alliance avec les socialistes au second tour ». En 1929, il militait à l’ARAC. En 1930, il avait la confiance des responsables du Nord puisqu’ils le proposèrent à l’élection sénatoriale.


Lors de son décès en 1950, les fédérations du Pas-de-Calais et du Nord du Parti communiste lui rendirent un hommage appuyé.

Sources : Centre des archives contemporaines, cote 94 0440, article 120 dossier 10084 ; La fédération unitaire de l’enseignement, Loïc Le Bars, Syllepse, 2005 ; notice du Maitron ; Le petit Parisien 30 avril 1924.

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