Un espace historique sur le mouvement ouvrier

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socialisme, origines du communisme français, biographies


Colloque Renaud Jean : un weekend studieux

Publié par archivescommunistes sur 30 Octobre 2011, 22:13pm

Catégories : #contributions à l'histoire du mouvement ouvrier

Le colloque s'est déroulé à Marmande sous un soleil éclatant. Le cinéma le Plaza avait réservé une salle à cette occasion et une exposition agrémentait son hall d'entrée. Le dimanche midi, le pont qui sépare Marmande de Samazan a été baptisé du nom de Renaud Jean avec des élus locaux et un représentant du MODEF.

 

Voici un extrait de mon intervention en attendant l'intégralité qui sera reproduit dans les Actes du colloques d'ici quelques mois.

 

Le nom de Renaud Jean est indissociable de la transformation de la SFIO (Section Française de l’Internationale ouvrière) en Parti communiste dans le Lot-et-Garonne et fait partie de cette génération politique qui se hisse aux premiers postes responsables dans l’entre-deux-guerres. Cette génération politique se distingue d’une génération biologique dans la mesure où ces militants d’âges différents, brassant jeunes et moins jeunes, mêlent leurs forces dans un élan vers le communisme. Le brassage est aussi celui des idées qui circulent dans le mouvement ouvrier, des courants politiques qui alimentent la controverse doctrinale.

 

Quels sont ces socialistes qui vont donner toute leur énergie pour fonder le parti communiste ? Ce ne sont pas des jeunes gens, bien au contraire. Pour s’en tenir aux dirigeants fédéraux de 1920 et aux propagandistes (pas toujours pris parmi les dirigeants), il faut bien reconnaître qu’ils font partie très souvent d’une génération qui a milité avant-guerre. Nous connaissons treize de ces dix-neuf socialistes : seuls deux d’entre eux sont nés dans les années 1890 : Eloi Roger (1892) et Gaston Pérau (1896). Deux autres ne sont pas entrés dans le panthéon du Maitron[1]. Les onze socialistes dont nous connaissons la biographie sont nés entre 1859 et 1887, dont Renaud Jean un des plus jeune. Il faut certainement ajouter un militant « à part », membre du comité de rédaction du Travailleur de Lot-et-Garonne, organe qui joua un rôle si important et présentait le point de vue fédéral chaque semaine. Il s’agit de l’anarchiste Henri Beaujardin[2], âgé de 55 ans en 1920, qui a influencé idéologiquement Renaud Jean et qui sera à la direction fédérale en 1921. La direction politique n’est donc pas composée essentiellement de jeunes gens. La plupart d’entre eux peuvent avoir déjà un passé politique qui sera recyclé dans le cadre du communisme local et dans les premiers pas de formation du PC.



[1] « Le Maitron » est le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, créé par Jean Maitron. Dans la direction fédérale de 1920, Billys et Labatut ne sont pas connus des historiens. Selon le Maitron, Valmary serait né soit en 1883 soit en 1896.

[2] Le cultivateur Beaujardin, de formation anarchiste, combat le militarisme, volontiers opposé à la discipline. Il écrit plusieurs éditoriaux du Travailleur en 1920 sous le pseudonyme de Jean Prolo au moment de la grève de mai. Il accompagnera plus tard Renaud Jean dans la fondation du Parti communiste dont il sera membre de la direction, jusqu’à son décès en 1928. Il sera un des rédacteurs de l’hebdomadaire de la fédération communiste. En 1927, Beaujardin publiera des articles dans le journal le Libertaire. La cohabitation de la pensée communiste matinée d’anarchisme dans la fédération ne pouvait que produire des militants critiques.

 

 

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Lacaze Jacques 11/11/2011 20:12


Sans doute connaissez vous le blog "La brochure " de Jean-Paul Damaggio. Je trouve une forte parenté entre votre blog et le sien. Et puis Renaud Jean est un de ses sujets favoris.
Votre ouvrage sur la véritable histoire de la naissance du PCF m'intéresse beaucoup. Comprendre cette histoire est sans nul doute primordial. Je m'intéresse à l'histoire du syndicalisme pour des
raisons pratiques: je suis secrétaire d'une UL. J'ai en particulier lu les ouvrages de Stéphane Sirot. La CGT était quasi structurellement lié au PCF et c'est cette liaison qui a, je pense, été
décisif dans la percée du PCF.
L'hypothèse que je formule - en me référant aux 3 moments de construction du syndicalisme en France décrits pas Sirot est que jusqu'en 45 (belle époque, après la 1ere guerre: le PCF + la CGTU, le
Front populaire ) Le syndicalisme et le PCF étaient à l'offensive. Les droits acquis en 45 représente quelque part l'aboutissement de 50 ans de luttes syndicales et politiques. Le CNR, puis les
ministres communistes n'ont fait que transcrire dans la loi les revendications forgées par le mouvement ouvrier. Ceci dans le cadre du compromis historique entre la fraction de la grande
bourgeoisie qui avait pas ou peu collaboré et représentée par de Gaulle et le PCF + la CGT. La CGT et le PCF sont restés fidèle à ce compromis. Je pense qu'en particulier, si on n'a pas ça en tète,
on ne comprends pas -entre autre - 68. Aujourd'hui encore le PC dans sa direction actuelle, la CGT, la plupart des opposants, les groupes dissidents sont dans le compromis historique.
Et pourtant, tout a changé. Je passe. Le mouvement ouvrier et révolutionnaire doit résolument rompre avec ce compromis, comme l'a d'ailleurs fait la grande bourgeoisie et ses valets sociaux
démocrates. Donc, dès que possible je me procure votre livre pour vérifier , modifier ou infirmer mon point de vue.


archivescommunistes 11/11/2011 20:39



Bonjour,


oui je connais le site "La Brochure" et j'ai rencontré JP Damaggio au colloque Renaud Jean. Tout à fait d'accord sur l'analyse avec le "compromis historique" entre les forces évoquées. Un des
plus gros efforts à faire en ce moment est d'en sortir car c'est une impasse. Mais pour cela, il faut qu'on prenne à bras le corps les questions historiques qui sont aussi politiques.



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